Le coin des offrants
Offrir sans avoir l’air de sous-entendre quelque chose
Offrir un livre sur les mères débordées à une mère débordée, c’est un compliment. Encore faut-il qu’il soit reçu comme tel. Trois précautions, six occasions, et des mots tout prêts pour la première page.
Avant d’emballer
Trois précautions.
Écrivez quelque chose en première page
Sans dédicace, c’est un cadeau. Avec, c’est un message — et dans ces livres-là, le message compte plus que le papier. Des mots tout prêts plus bas.
Dites que c’est un compliment
« Ça m’a fait penser à toi » peut s’entendre de travers. « J’ai vu tout ce que tu fais » ne le peut pas.
Choisissez le moment
Pas pendant la crise. Après. Le soir, une fois les portes fermées — ce que recommande d’ailleurs la contre-étiquette de la page 6.
Quand l’offrir
Six bonnes occasions.
Une naissance
Pour le père, qui recevra moins de cadeaux que le bébé, et à peine moins que la mère.
La fête des mères, la fête des pères
Plus drôle qu’un bouquet, et ça dure plus longtemps.
Noël
Petit, plat, il se glisse entre deux gros paquets. Et c’est souvent celui qu’on garde sur la table de nuit.
Un Secret Santa
Sous le plafond des quinze euros, et impossible à mal prendre : il ne dit pas « tu es ce collègue-là », il dit « ne le deviens pas ».
Un pot de départ
Pour celui qui part, avec la liste de tout ce qu’il n’a jamais été. Et un certificat de non-nuisance à signer par toute l’équipe.
Un quarantième anniversaire
Le seul cadeau d’anniversaire qui ne fasse pas semblant d’ignorer le chiffre. Il le met en couverture, et il en fait une bonne nouvelle.
Un mardi, sans raison
Les meilleurs cadeaux n’attendent pas d’occasion. Les mardis ordinaires ont même une cuvée à leur nom.
La première page
Le mot à écrire, tout prêt.
À recopier tel quel, ou à voler en partie. Personne ne vérifiera. Écrit à la main, c’est mieux ; même mal écrit, c’est mieux.
Pour toi, qui sais où sont les clés de toute la maison. Ce livre ne rangera rien. Mais il a tout vu.
Ce n’est pas un livre de conseils : tu n’en as pas besoin. C’est un livre de témoins.
Cent un moments. Je sais que tu les as tous vécus : j’étais là pour au moins quarante.
Pour ma collègue préférée, qui répond au groupe de la classe entre deux réunions. Santé.
Pour toi, qui as monté le lit à deux heures du matin. On ne parlera pas de la vis.
Personne ne t’a donné de mode d’emploi. Voici au moins la preuve que tu n’es pas le seul.
Bienvenue dans le club. Les réunions ont lieu à quatre heures du matin, et la présence est obligatoire.
Tu n’es pas incompétent. Tu es non initié. Ça passe, paraît-il.
Pour toi, qui relances la machine quand tu prends la dernière tasse. Tu n’es pas ce collègue-là. Voici la preuve écrite.
Quatre-vingt-dix-neuf travers, et je n’en ai reconnu aucun chez toi. Enfin, presque aucun.
Pour ton départ. On gardera ta tasse, et personne n’aura le droit de s’en servir.
Pour le Secret Santa. Ce n’est pas un message. Enfin, pas vraiment.
Pour tes quarante ans. Tu n’as rien perdu : tu as fini de courir.
On a rembobiné les mêmes cassettes. Coche les cases, je ferai pareil de mon côté.
Quatre-vingt-dix-neuf choses que tu ne feras plus. Regarde surtout celles que tu gardes.
Et si c’est vous qui l’avez reçu
Alors quelqu’un a remarqué.
C’est tout le propos du livre. C’est un peu gênant, on sait.
Ouvrez-le n’importe où, gardez un stylo pour les documents, et signez le certificat de la dernière page. Ces documents se remplissent aussi en ligne, sur la page du livre — pratique quand on l’a lu sur liseuse.
La page de « Champagne, maman ! » La page de « Bière, papa ! » La page de « CE collègue-là » La page de « 40 ans »
