Les nuits
27Le tour de quatre heures
Vous avez mis ça en place le quatrième jour, sans réunion, sans tableau, par un accord tacite conclu à un moment où aucun des deux n’était en état de conclure quoi que ce soit. Elle prend jusqu’à trois heures. Tu prends après.
Tu ne mets pas de réveil. Tu n’en as pas besoin : quelque chose en toi s’est reprogrammé et te réveille douze secondes avant lui, ce qui est une capacité que tu ne soupçonnais pas et dont tu ne feras jamais rien d’utile dans la vie professionnelle.
Tu te lèves dans le noir. Tu connais le parquet par cœur maintenant, y compris les deux lames qui craquent et qu’il faut enjamber. Tu récupères le petit corps chaud, tu le cales contre ton épaule, tu passes au salon en fermant la porte de la chambre du plat de la main pour qu’elle ne claque pas.
Et là, dans un appartement éteint, à quatre heures, tu es seul avec lui pour la première fois de la journée.
Tout l’immeuble dort. Tu entends le frigo. Tu entends sa respiration. Il n’y a rien d’autre à faire au monde, à cet instant précis, que ce que tu es en train de faire.
Ce tour-là est le tien, et tu ne le dirais à personne.

